Myomes utérins : qu’est-ce qui les fait grandir, qu’est-ce qui peut les faire diminuer ? La vérité basée sur les preuves scientifiques
- Dr. Sandra YENE AMOUGUI

- 14 août
- 4 min de lecture
Les fibromes utérins (appelés aussi myomes) sont des tumeurs bénignes développées à partir du muscle de l’utérus. Ils sont très fréquents : jusqu’à 70 % des femmes peuvent en développer au cours de leur vie. Pourtant, leur évolution reste très variable : certains restent stables pendant des années, d’autres augmentent progressivement de volume, tandis que certains peuvent même diminuer spontanément.
La question que beaucoup de patientes se posent est : « Qu’est-ce qui fait pousser un myome ? Et que puis-je faire pour le réduire ? »

Les hormones : le facteur principal
Les myomes sont fortement influencés par les hormones féminines, en particulier les œstrogènes et la progestérone. Ils apparaissent rarement avant la puberté et ont tendance à augmenter pendant les années de vie reproductive, puis à régresser après la ménopause lorsque les taux hormonaux diminuent.
Des études histologiques ont montré que les cellules des myomes possèdent des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone, ce qui explique leur sensibilité hormonale (Bulun SE. Endocrine Reviews, 2013).
Grossesse : une croissance possible, mais pas systématique
Pendant la grossesse, les concentrations d’œstrogènes et de progestérone augmentent fortement. Certains myomes peuvent donc augmenter de taille, surtout au premier trimestre.
Cependant, une grossesse ne signifie pas automatiquement qu’un myome va grossir durablement. Plusieurs études utilisant l’échographie montrent une grande variabilité : certains augmentent, certains restent stables, et certains diminuent même pendant la grossesse (Laughlin SK et al. Obstetrics & Gynecology, 2011).
Après l’accouchement, une réduction spontanée du volume est fréquente.
Stimulation ovarienne dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation (AMP)
Les traitements de fertilité (stimulation ovarienne, insémination, fécondation in vitro) exposent temporairement l’organisme à des concentrations hormonales élevées.
La question est donc légitime : la stimulation peut-elle faire pousser les myomes ?
Les données disponibles ne montrent pas clairement une augmentation importante et permanente de la taille des myomes après une stimulation ovarienne. Certaines patientes peuvent observer une variation transitoire liée aux changements hormonaux.
La décision dépend surtout de la localisation du myome :
un myome déformant la cavité utérine peut influencer la fertilité ;
un myome situé dans le muscle utérin ou à l’extérieur de l’utérus n’a souvent pas le même impact.
Une prise en charge individualisée est donc essentielle.
Contraception : pilule, stérilet hormonal et autres méthodes
Pilule contraceptive combinée
Les anciennes études suggéraient parfois une augmentation du risque de myomes avec une exposition hormonale prolongée. Les données plus récentes sont plus nuancées et certaines études suggèrent même un effet protecteur possible.
Progestatifs et dispositif intra-utérin hormonal (DIU au lévonorgestrel)
Le DIU hormonal peut réduire efficacement les saignements liés aux myomes, notamment grâce à son effet local sur l’endomètre. Il ne fait cependant pas systématiquement disparaître le myome lui-même.
Contraception non hormonale
Il n’existe pas de preuve solide qu’une contraception non hormonale fasse régresser un myome.
Alimentation et environnement : que sait-on réellement ?
Certains facteurs semblent associés au risque de développer des myomes :
Surpoids et obésité : plusieurs études montrent une association entre un indice de masse corporelle élevé et un risque accru de myomes. Le tissu graisseux peut augmenter la conversion périphérique des androgènes en œstrogènes (Wise LA et al. American Journal of Epidemiology, 2005).
Alimentation riche en fruits et légumes : certaines études observationnelles suggèrent un risque légèrement diminué, probablement grâce aux fibres, vitamines et composés antioxydants.
Viandes rouges et alimentation très riche en calories : certaines associations ont été observées, mais elles ne permettent pas d’affirmer une relation de cause à effet.
Concernant les perturbateurs endocriniens (plastiques, certains pesticides, etc.), des mécanismes biologiques sont plausibles, mais les preuves chez l’être humain restent insuffisantes pour recommander des mesures spécifiques autres qu’une réduction générale de l’exposition.
Plantes, compléments alimentaires et « traitements naturels »
De nombreux produits sont proposés sur internet pour « faire fondre les myomes ». À ce jour, aucune plante ou complément alimentaire n’a démontré de manière robuste qu’il pouvait réduire durablement un myome.
Certaines molécules naturelles sont étudiées en laboratoire (par exemple la vitamine D, l’épigallocatéchine gallate du thé vert), mais les résultats cliniques restent insuffisants pour les considérer comme des traitements validés.
La vitamine D mérite toutefois une attention particulière : plusieurs études observationnelles ont retrouvé une association entre un déficit en vitamine D et la présence de myomes, mais il n’est pas encore prouvé qu’une supplémentation fasse diminuer un myome existant.
Médicaments : peut-on faire disparaître un myome ?
Certains traitements peuvent réduire temporairement le volume des myomes :
Les agonistes de la GnRH peuvent provoquer une diminution importante du volume, mais leur utilisation est généralement limitée dans le temps en raison des effets secondaires liés à l’hypo-œstrogénie.
Les modulateurs hormonaux spécifiques peuvent être utilisés dans certaines situations selon les recommandations locales.
Ces traitements sont surtout utilisés dans des indications précises, par exemple avant une chirurgie.
Alors, faut-il traiter un myome ?
La présence d’un myome ne signifie pas automatiquement qu’un traitement est nécessaire.
La décision dépend de plusieurs éléments :
symptômes (saignements abondants, douleurs, pression pelvienne),
taille et localisation,
évolution dans le temps,
désir de grossesse,
impact éventuel sur la fertilité.
Beaucoup de myomes nécessitent simplement une surveillance échographique régulière.
En résumé
Un myome est une tumeur bénigne sensible aux hormones. Sa croissance dépend principalement de facteurs hormonaux individuels. La grossesse et les traitements de fertilité peuvent influencer temporairement son évolution, mais il n’existe pas de méthode naturelle prouvée permettant de le faire disparaître.
La meilleure approche reste une évaluation personnalisée avec un suivi adapté : un même myome peut être sans conséquence chez une femme et nécessiter une prise en charge chez une autre.
Bien cordialement,
Dr Sandra Yene Amougui




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