Quand la fertilité commence à baisser : signaux d’alerte à connaître
- Dr. Sandra Yene Amougui

- 23 janv.
- 4 min de lecture
Pourquoi la réserve ovarienne est-elle devenue un sujet si important ?
Avec l’augmentation de l’âge maternel, la fertilité est devenue une source d’inquiétude pour de nombreuses femmes. De plus en plus souvent, un simple chiffre issu d’une prise de sang, notamment l’AMH, est vécu comme un verdict sur la possibilité ou non d’avoir un enfant.
Pourtant, en pratique médicale, la réserve ovarienne n’est pas une prédiction du destin reproductif. C’est avant tout un outil d’orientation qui doit toujours être interprété dans un contexte clinique global.

Que reflète réellement la réserve ovarienne ?
La réserve ovarienne correspond à une estimation du nombre de follicules encore présents dans les ovaires.
Elle renseigne surtout sur :
la quantité d’ovocytes potentiellement disponibles
la réponse probable aux stimulations hormonales, notamment en cas de PMA
En revanche, elle ne renseigne pas directement sur :
la qualité des ovocytes
la capacité réelle à obtenir une grossesse spontanée
le bon fonctionnement des trompes, de l’utérus ou du sperme
Il s’agit donc d’une information biologique partielle, et non d’une mesure globale de la fertilité.
Peut-on avoir une AMH basse et rester fertile ?
Oui, et c’est un message essentiel à transmettre.
Plusieurs études ont montré que, chez les femmes sans infertilité connue, une AMH basse n’est pas fortement corrélée aux chances de grossesse naturelle.
En pratique, cela signifie que :
une femme avec une AMH basse peut tomber enceinte naturellement
une femme avec une AMH normale peut rencontrer des difficultés à concevoir
L’AMH est surtout utile pour prédire la réponse ovarienne aux traitements, mais elle ne permet pas de conclure à elle seule sur la possibilité d’une grossesse.
Alors, pourquoi mesurer la réserve ovarienne ?
L’évaluation de la réserve ovarienne reste très utile dans plusieurs situations.
Elle permet notamment de :
orienter la stratégie en cas d’infertilité
anticiper une réponse faible aux stimulations en FIV
adapter les doses de traitement
identifier certaines pathologies hormonales
aider à la prise de décision lorsque le projet de maternité est retardé
Elle aide donc à planifier une prise en charge, mais pas à prédire avec certitude l’issue d’un projet de grossesse.
Une AMH élevée est-elle toujours rassurante ?
Pas nécessairement.
Une AMH élevée est fréquemment observée dans le syndrome des ovaires polykystiques.
Dans ce contexte :
le nombre de follicules est élevé
l’ovulation peut être irrégulière
la fertilité peut être altérée malgré une réserve quantitativement élevée
Ainsi, une AMH élevée n’est pas automatiquement synonyme de fertilité optimale.
Quels signes peuvent orienter vers une réserve diminuée ?
Certains éléments cliniques peuvent faire suspecter une baisse hormonale, notamment :
des cycles plus courts ou irréguliers
des symptômes de baisse d’œstrogènes
des antécédents de chirurgie ovarienne
des antécédents familiaux de ménopause précoce
Cependant, beaucoup de femmes ayant une réserve basse ne présentent aucun symptôme. C’est pourquoi le diagnostic ne peut pas reposer uniquement sur la clinique.
L’âge reste le facteur le plus déterminant
Même avec une AMH normale, la fertilité diminue avec l’âge.
Cela s’explique par :
la diminution progressive de la qualité ovocytaire
l’augmentation des anomalies chromosomiques
l’augmentation des risques de fausse couche
C’est pour cette raison que l’âge reste le meilleur indicateur biologique de fertilité, bien devant les marqueurs hormonaux.
Qu’est-ce qui peut altérer la réserve ovarienne ?
Plusieurs facteurs peuvent accélérer la diminution de la réserve :
chirurgies ovariennes, notamment pour kystes ou endométriose
endométriose sévère
infections pelviennes sévères
chimiothérapie ou radiothérapie
tabagisme
certains facteurs génétiques
Mais dans de nombreux cas, la diminution est simplement liée au vieillissement naturel des ovaires.
Peut-on reconstituer sa réserve ovarienne ?
À ce jour :
aucun traitement ne permet d’augmenter le nombre d’ovocytes
aucun complément n’a démontré une restauration réelle de la réserve ovarienne
Certaines mesures peuvent améliorer la santé générale et l’environnement hormonal, mais le stock folliculaire ne peut pas être recréé.
Comment préserver au mieux sa fertilité ?
Même si l’on ne peut pas arrêter le temps, certaines actions peuvent aider à préserver le potentiel reproductif :
éviter le tabac
traiter rapidement les pathologies gynécologiques
éviter les chirurgies ovariennes inutiles
consulter en cas de troubles du cycle
planifier le projet de grossesse de manière réaliste
Dans certaines situations, la cryoconservation ovocytaire peut être discutée, notamment :
en cas de report prolongé du projet de maternité
avant traitements toxiques pour les ovaires
dans certains contextes de réserve diminuée
Ce n’est pas une garantie de grossesse future, mais une option de préservation à discuter individuellement.
Pourquoi l’évaluation doit toujours être globale
La fertilité dépend de plusieurs éléments :
fonctionnement ovarien et ovulation
trompes
utérus
qualité du sperme
équilibre hormonal
durée du désir de grossesse
La réserve ovarienne n’est donc qu’une pièce du puzzle. Une valeur isolée peut entraîner une angoisse inutile ou, au contraire, une fausse impression de sécurité.
Message à retenir
La réserve ovarienne reflète surtout la quantité d’ovocytes.Elle ne prédit pas directement la capacité à tomber enceinte.Une AMH basse n’est pas synonyme de stérilité.Une AMH élevée n’exclut pas des troubles de l’ovulation.L’âge reste le facteur le plus important.Les décisions doivent toujours être prises après une évaluation médicale complète.
Chaque situation est unique. Une consultation permet d’intégrer tous les paramètres afin de proposer la stratégie la plus adaptée à chaque femme et à chaque couple.
Prenez soin de vous!
Cordialement,
Dr Sandra Yene Amougui








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